La Basilicate à moto : le cœur secret du Sud italien

La Basilicate à moto : le cœur secret du Sud italien

Il y a deux Italies du Sud. Celle que tout le monde connaît, la côte amalfitaine et ses lacets surpeuplés, Pompéi et ses cars de touristes, les plages de Calabre l'été. Et puis il y a l'autre, celle qui commence à peine quelques dizaines de kilomètres dans les terres, là où les cars ne vont pas, où les routes se vident, où l'on croise plus de troupeaux que de voyageurs. Cette Italie-là porte un nom que peu de gens sauraient placer sur une carte : la Basilicate.

Pour un motard, c'est une aubaine. Parce que ce que fuit le tourisme de masse est précisément ce que recherche celui qui voyage à moto : l'espace, le silence, des routes qui appartiennent encore à ceux qui les empruntent.

 

La Basilicate, l'angle mort de l'Italie

Basilicate Italie à moto

Coincée entre les Pouilles, la Campanie et la Calabre, la Basilicate, ou Lucanie pour reprendre son nom ancien, est l'une des régions les moins peuplées et les moins visitées d'Italie. Longtemps considérée comme une terre pauvre, oubliée des grands axes et des circuits touristiques, elle a conservé quelque chose que beaucoup de régions plus célèbres ont perdu : son authenticité.

Ici, les villages perchés n'ont pas été transformés en décors. Les places de pierre sont encore des lieux de vie, pas des zones à selfies. Les vieux vous regardent passer depuis un banc à l'ombre, et il n'est pas rare qu'un geste de la main réponde au vôtre. Cette Italie-là n'a pas été mise en scène pour le visiteur. Elle se contente d'exister, et c'est exactement ce qui la rend précieuse.

À moto, cette discrétion se traduit très concrètement. Des routes de montagne qui serpentent sans trafic, des cols qu'on franchit seul, des enchaînements de virages qu'on savoure sans se soucier du car qui arriverait en face. La Basilicate ne se donne pas au premier venu. Elle se mérite un peu, et c'est là toute sa valeur.

 

Matera, la bascule du regard

Matera à moto en Italie

On entre souvent en Lucanie par Matera, et c'est une entrée en matière saisissante. La ville des Sassi, ces habitations troglodytes creusées dans la roche, occupées sans interruption depuis des millénaires, est aujourd'hui reconnue et classée. Elle n'est plus tout à fait secrète. Mais elle reste un choc visuel, un de ces lieux qui justifient à eux seuls qu'on ait pris la route.

Matera, c'est la porte d'entrée. Le moment où le voyageur comprend qu'il a quitté l'Italie des cartes postales pour entrer dans quelque chose de plus profond, de plus ancien, de plus vrai. Depuis les Sassi, le regard bascule. On ne cherche plus la côte. On se tourne vers l'intérieur, vers les terres hautes, vers ce qui attend au-delà.

Et ce qui attend, c'est un territoire que presque personne ne parcourt à moto.

 

Les Calanchi, un paysage qui n'existe nulle part ailleurs

Les calanchi à moto

Au sud de Matera, la route s'enfonce dans un territoire qui ne ressemble à rien de connu. L'argile a remplacé la roche, l'érosion a fait le reste, et le paysage se déchire en lames, en crêtes, en pyramides effilées. Ce sont les Calanchi, ces badlands lucaniens que des millénaires de pluie et de vent ont sculptés dans les collines. Un décor lunaire, aride, presque irréel, où la végétation renonce et où la terre se donne à voir dans son os.

Rouler ici procure une sensation étrange. La route serpente entre des reliefs qui n'ont plus rien de méditerranéen, la lumière rase du matin ou du soir creuse les arêtes et allonge les ombres, et l'on se surprend à ralentir simplement pour regarder. Ce n'est pas un paysage qui impressionne par sa grandeur. C'est un paysage qui déroute, parce qu'on ne s'attendait pas à trouver ça en Italie.

Et puis, au détour d'une crête, apparaît Craco.

Le village se dresse sur son éperon à quatre cents mètres, ses maisons vides et sa tour normande découpées sur le ciel. Craco a été fondé au Moyen Âge, a prospéré des siècles, puis a été abandonné : un glissement de terrain en 1963 a contraint les habitants à descendre dans la vallée, où fut construit Craco Peschiera. L'inondation de 1972 puis le séisme de 1980 ont chassé les derniers irréductibles. Depuis, le vieux village se tait.

Ce silence a fait sa gloire. Les cinéastes s'y sont succédé, de Francesco Rosi pour Le Christ s'est arrêté à Eboli à Mel Gibson pour La Passion du Christ, jusqu'à un James Bond. Craco figure aujourd'hui sur la liste des sites menacés du World Monuments Fund, et la visite du vieux village se fait uniquement accompagné d'un guide et casqué, pour des raisons de sécurité : les murs sont fragiles, l'érosion continue son travail. Le billet s'achète en bas, à Craco Peschiera.

Ce détail dit tout de la Basilicate. Ici, même les ruines sont vivantes, au sens où elles bougent encore, où la terre continue de décider. On ne visite pas Craco comme un monument. On y assiste à quelque chose de plus grand que soi.

Non loin de là, Aliano garde la mémoire de Carlo Levi, exilé politique dans ce coin perdu sous le fascisme, et qui en tira le livre qui fit connaître la Lucanie au monde. Le paysage qu'il décrivait, ces collines nues et tourmentées, est exactement celui que vous traversez. Rien n'a changé. C'est peut-être ça, le plus troublant.

 

Le Pollino, le grand vide magnifique

Par national de Pollino à moto

Au sud de la Basilicate, à cheval avec la Calabre, s'étend le Parc national du Pollino, le plus vaste parc national d'Italie. Et l'un des plus déserts. On y roule des heures dans un paysage de montagnes, de forêts et de plateaux, en croisant à peine une voiture. Pour un motard habitué aux Alpes bondées ou aux routes littorales saturées, c'est une forme de luxe presque irréel : l'espace, rien que l'espace.

Le Pollino, ce sont des reliefs qui montent haut, des gorges creusées par les torrents, des forêts profondes où survit le pin de Bosnie, cet arbre rare devenu l'emblème du parc. Les routes y sont sinueuses, parfois exigeantes, souvent d'une beauté qui coupe le souffle. Ce n'est pas un terrain de vitesse. C'est un terrain de contemplation en mouvement, où le plaisir de rouler se mêle en permanence au sentiment de traverser un monde à part.

Ce vide n'est pas une absence. C'est une présence. Celle d'une nature qui a repris ses droits, de villages accrochés aux versants qui semblent hors du temps, d'une Italie rurale qui a résisté à l'uniformisation. On ne traverse pas le Pollino comme on traverse une région. On y entre comme dans un autre rythme.

 

Ce que ces routes font au voyageur motard

Il se passe quelque chose de particulier quand on roule dans ces terres. Le voyage se dépouille. Loin des sites à cocher et des foules à éviter, l'attention se déplace vers l'essentiel : le dessin d'une route, la lumière sur un versant, le goût d'un repas simple pris dans une auberge de village où l'on est le seul étranger de la soirée.

L'accueil, ici, n'a rien de commercial. Dans ces régions peu habituées au tourisme, la curiosité est sincère et l'hospitalité désarmante. On vous demande d'où vous venez, on s'étonne que vous ayez choisi de passer par là, on vous recommande une route, un plat, un cousin qui tient une table plus loin. Ces échanges, impossibles dans les zones touristiques, deviennent le cœur du souvenir.

La table, justement, mérite qu'on s'y arrête. La cuisine lucanienne est une cuisine de terre, généreuse et franche : pâtes fraîches, légumes du potager, fromages de brebis, charcuteries relevées, vins rustiques et honnêtes. Rien d'apprêté, tout de vrai. Après une journée de route dans le Pollino, un repas de ce genre, partagé à l'extérieur alors que le jour décline, prend une saveur qu'aucune adresse étoilée ne saurait égaler.

 

Rouler dans ce sud de l’Italie, cela se prépare

Il faut être honnête : ce qui fait la beauté de ces territoires fait aussi leur exigence. Rouler en Basilicate et dans le Pollino ne s'improvise pas tout à fait. La signalisation est parfois lacunaire, le réseau téléphonique capricieux, certaines routes de montagne demandent de l'attention. Les villages où faire une pause ne sont pas toujours là où on les attend. Et la richesse du territoire, paradoxalement, se cache : sans savoir où regarder, on peut traverser ces terres sans en percevoir la profondeur.

C'est précisément là que la différence se joue entre traverser une région et la vivre vraiment. Un itinéraire pensé par quelqu'un qui connaît ces routes ne se contente pas de relier deux points. Il sait quel col offre le plus beau panorama à la lumière du matin, quelle route secondaire évite l'ennui d'un axe direct, quel village mérite l'arrêt et quelle table vaut le détour. Il transforme un territoire difficile d'accès en un voyage fluide, où il ne reste plus qu'à rouler et à savourer.

C'est aussi ce qui permet de profiter pleinement de ces terres sans en subir les contraintes. Là où le voyageur solitaire passerait à côté de l'essentiel ou perdrait un temps précieux à chercher sa route, un parcours bien conçu ouvre les bonnes portes, celles qui font la mémoire d'un voyage.

 

La Lucanie selon Hellenic Rides

La Basilicate et le Pollino ne sont pas des destinations que l'on trouve dans les brochures. Ce sont des territoires qui se transmettent, de ceux qui les connaissent à ceux qui les découvrent. C'est exactement l'esprit dans lequel Hellenic Rides a conçu Les chemins du Mezzogiorno, son voyage à travers le Sud profond de l'Italie.

Ce circuit ne se contente pas de longer les côtes connues. Il plonge dans les terres, relie Matera au Pollino, traverse les Abruzzes, le Gargano et les villages blancs des Pouilles, en cherchant systématiquement la route qui a du caractère plutôt que l'axe qui va vite. Chaque étape a été reconnue sur le terrain, chaque itinéraire pensé pour révéler ce que ces régions ont de plus authentique. Et parce que voyager ici demande une vraie connaissance du terrain, tout est pris en charge : l'itinéraire, les hébergements de caractère, les tables qui comptent, l'accompagnement au quotidien.

Rouler dans le cœur secret du Sud italien, c'est faire l'expérience d'une Italie que la plupart des voyageurs ne verront jamais. Une Italie qui se mérite, et qui, pour cette raison même, ne s'oublie pas !

Suivant
Suivant

Reprendre la moto à la retraite : et si c'était le moment du grand voyage ?